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Le DMP, dossier médical personnel - quelles garanties ?
vendredi 20 janvier 2006, par
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Rappelons, car cela nous est rappelé, que le DMP est le dossier médical personnel et non le dossier médical partagé.
Rappelons aussi ce qu’il en est de ce projet, du moins ce que nous croyons en comprendre. Un intranet au service du patient visant à permettre de consulter tout ce qui peut être écrit sur lui et susceptible d’aider à le soigner mieux. Un projet qui n’est encore qu’un projet, qui est tout sauf un machin.
Un projet intelligent, piloté par un groupement d’intérêt économique dirigé par des gens intelligents, de très bonne foi, désireux de comprendre, attentifs et actifs, convaincus complètement par l’utilité de ce projet et ayant relevé le défi de le mener à bien. Ils croient en sa nécessité, comme l’ingénieur croit en la nécessité de ce pont à peine imaginable qu’on lui a demandé de construire : sans cette foi dans la nécessité de ce pont, il n’ira pas au bout. Avec cette foi, il peut réaliser le presque impossible - quitte à changer les plans du pont en cours de route. Car c’est là le paradoxe : les hauts fonctionnaires éclairés et compétents qui pilotent ce projet sont prêts à remettre en question toutes leurs certitudes, sauf le dogme de la nécessité de réaliser ce chantier. Là est un problème politique fondamental.
La nécessité de ce chantier est-elle aussi absolue ? La certitude qu’on a la capacité d’un projet aussi ambitieux sans courir de risque de fichage, de flicage, d’atteinte au secret, aux droits fondamentaux ?
Bien sûr, chacun possède une tendance au conservatisme (au sens de la conservation homéostatique) et tout changement, toute avancée représente toujours un risque ; on aime les avancées concernant les autres et on se méfie des risques nous concernant.
Bien sûr, modifier ses rapports aux autres dans un monde qui change ses rapports aux gens, de toutes façons, fait peur.
Pour qui défend sans cesse la position du sujet - le psychiatre - il est pourtant difficile de défendre qu’un sujet est dans un dossier médical, informatisé ou non.
Je crains que le DMP ne soit pas aussi utile que l’espèrent ses promoteurs. Je crains qu’il ne participe à une mise en fiches des hommes . Je crains qu’il ne marginalise un peu plus les sans-abris, sans-papiers, sans-DMP. Je crains de n’être pas convaincu par les convictions des architectes de ce projet . Je crains aussi et surtout de n’avoir entendu aucun argument convainquant sur l’utilité et l’innocuité du projet, sinon des assurances s’apparentant à des discours d’autorité : "faites-nous confiance sur ce point" !
Les choses vont avancer relativement vite. Nous sommes reconnus comme interlocuteurs et nous sommes un peu écouté. Mais très peu. L’aspect technique du dossier (technologie et hébergement) est avancé, les appels d’offres lancés et probablement dépouillés. Ce dossier, donc, se fera, sans que l’on ait encore défini son contenu, les possibilités d’y accéder, les information à y verser.
Toutefois, il y a maintenant des garanties : seul le patient pourra permettre au médecin d’y consigner telle information, ou d’y avoir accès.
Toutefois, c’est dans la réflexion globalement politique que nous avons du mal à nous y retrouver. La consultation d’un dossier est plus rapide et plus commode qu’un interrogatoire ? Oui, mais l’interrogatoire, déjà réduit en médecine générale, va donc tendre à disparaître ? Et quand, par hasard, une discordance apparaîtra entre le discours du patient à son médecin, et l’écrit du DMP, que croire ? L’écrit ayant toujours plus de valeur juridique que l’oral, les paroles d’un patient sont-elles condamnées à n’avoir plus de sens ?
L’exemple des médicaments est parlant : oui, d’accord, c’est un consensus ; savoir qu’un patient prend du lithium ou de l’insuline est fort utile. Oui,mais... Écrire qu’on a prescrit tel traitement, qu’on a délivré telle ordonnance, ne veut pas dire quel traitement a été effectivement pris par le patient. Plus fort : quand on le rappelle, nos interlocuteurs bondissent, car ils le savent bien. Mais là, selon eux, ça n’enlève rien au patient.
Ils ont tort : un entretien mené dans le secret et la confiance permettra au médecin de savoir, bien plus souvent, quel médicament a pris son patient. Quand le traitement est écrit dans le DMP, bien des patients n’oseront pas avouer qu’ils ont pris beaucoup plus ou beaucoup moins que les doses prescrites. Un médecin voyant qu’a été prescrit à son patient une énorme dose de neuroleptiques, ne pourra prendre le risque de lui en donner encore s’il continue de délirer. Même s’il a la conviction tirée de la clinique, que le patient n’a rien pris des neuroleptiques prescrits.
Paradoxe : on se fait rire au nez en rappelant ce point bien connu de l’inobservance des prescriptions médicamenteuses mais on considère, a priori, qu’on n’y peut rien, même quand nous montrons qu’on y peut quelque chose.
Autre garantie : nos interlocuteurs ne veulent pas reproduire l’échec du carnet de santé papier, dont les ambitions étaient au fond, celles de ce DMP. Tout cela ne sera pas probablement mis en place de façon coercitive.

