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La C.R.I.E.E (Reims) 2010 : XIIèmes Rencontres
Clin d’oeil : Argument pour la Criée 2009/2010 - LA FABRIQUE DU SOIN - CREATION ET DEMOCRATIE
Les 25 et 26 juin 2010 au Cercle Colbert à Reims
samedi 13 février 2010
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Renseignements et inscriptions : Patrick Chemla et Gérard Rodriguez
centre de Jour Antonin Artaud
40 rue Talleyrand
51100 REIMS
tél : 03 26 40 01 23
g.rodriguez@epsdm-marne.fr
Dans le droit fil de ce que nous avons mis au travail les années précédentes, nous nous proposons de reprendre ces enjeux qui insistent dans l’actuel de nos pratiques. Quand nous voudrions mettre l’accent sur l’importance des soins psychiques, il nous reviendrait de prendre en compte la mise à mal du « lieu de la fabrique ».
Ce lieu renverrait à ce que Jean Oury a dénommé « fabrique du pré » dans son séminaire « Création et Schizophrénie », autrement dit à un espace d’émergence, lieu de la gestaltung –« forme formante ou enforme du grand Autre »- où s’entrecroisent les traces du créateur, celles du thérapeute et celles du patient contraint de recréer un monde après la catastrophe psychotique. Entrecroisement et superposition ne signifient en aucune manière amalgame ou confusion des enjeux qui sont avant tout singuliers et ils ne se confondent aucunement avec une place ni avec une assignation à un statut quelconque.
Que ce lieu ait toujours été précaire, difficile et qu’il ne puisse en être autrement, sauf à faire consister ce lieu de l’émergence, constitue un point de fondation de la psychothérapie institutionnelle mais aussi de la psychanalyse. Le défi que nous aurions à relever en cette époque propice à de multiples folies sociales qui s’attaquent toutes à ce lieu, serait précisément de soutenir la possibilité de cet espace de créativité.
Défi qui comporte la mise en acte d’un paradoxe : nous serions en quelque sorte les tenants de cet espace précaire toujours arraché au chaos et à l’informe, alors que tout pourrait nous pousser dangereusement à nous instituer « gardiens du temple » profané par le discours d’un monde prétendument sans limites. Autrement dit ce qui nous reste à inventer, c’est une posture qui ne cède en rien sur cet enjeu éthique tout en soutenant contre vents et marées l’enjeu politique qui lui est consubstantiel.
La mise à mal du lieu de la fabrique dans les institutions de soins (entre autres) par une logique managériale de marchandisation de l’humain ne va qu’en s’aggravant, redoublée maintenant d’une logique prétendument sécuritaire qui met en péril toutes nos avancées. Il est essentiel de repérer que cette même rationalité désagrège profondément le lien social en aggravant violence et anomie. Elle plonge certains dans le désarroi au point qu’ils en arrivent à se suicider au lieu même de leur travail. Mais en deçà des situations extrêmes qui parviennent à faire scandale, il y a la massivité d’une logique de gestion biopolitique de l’humain qui veut nous faire croire à l’évidence fallacieuse de l’évaluation et de l’accréditation pour le bien commun.
Or c’est ce « commun » qui se trouve aujourd’hui en crise profonde avec le projet d’« un « monde parfait » où le sujet serait en adéquation avec sa mise en assignation et devrait répondre de tout écart par rapport à une norme érigée en valeur centrale et muette. Face à cette dérive fort inquiétante, nous aurions à soutenir dans un même mouvement le refus de cette mise au pas et la défense de nos espaces de travail et d’invention.
C’est dans cette conjoncture qu’il s’agirait de penser l’actuel de nos pratiques en campant très fermement sur nos deux jambes -la politique et la psychanalytique- pour soutenir les processus de subjectivation et de création au cœur même de la crise de la Culture.
Patrick Chemla

