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La notion d’Education au Bonheur

mercredi 3 février 2010, par Frédéric Fappani

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Introduction à l’Éducation au Bonheur

J’ai eu la chance cette année encore d’être sollicité pour un ensemble de colloques dont le thème central était l’Education ; apparemment mes contemporains sont désireux de me donner cette place.

Que ceux qui sont désireux de me donner cette place, que ceux qui sont concernés, ceux qui me soutiennent, mes collègues et dans une certaine mesure, les jeunes, soient remerciés ici.

Ce désir est partagé et c’est ce qui fait que « ça » marche : désir de reconnaissance, être honoré mais aussi pouvoir d’exercer un Art (possibilité, capacité à pouvoir parler d’Education) et intérêt pour la question de la Jeunesse et l’Education sont là en moi.

Ce n’est pas toujours facile d’aller vers ce désir complexe et vers cette légère inflation égotique qu’est une communication, malgré la perspective de bonheur, de la rencontre et de l’échange.

A la question du sens de la vie, je suis de ceux qui pensent qu’il faut unir le fond et la forme.

A « Qu’est ce que la vie ? », il faut y répondre par un engagement personnel, bref s’autoriser à faire le choix de la vie.

Puis, dans un second temps, pour ainsi dire il faut aussi se poser des questions pour précisément y apporter du sens : sur soi, les autres, les activités, le monde.

Le moteur est le plus souvent l’envie de vivre et notre curiosité naturelle.

Ce n’est que précisément vraiment ainsi qu’on répond « petit à petit » à la question du sens de la vie.

Parmi ces questions :
- Une de mes questions est : « Qu’est ce qu’être Homme ? », mais pas uniquement posée ainsi. Cela serait plutôt celle de mon humanisation continue et de sa compréhension, mais aussi celle des Autres quand ils s’humanisent et m’humanisent.

Mon milieu, la nécessité de vivre d’un travail -comme la majorité d’entre nous- m ’a très tôt orienté vers des questions d’éducation et c’est donc souvent aussi sur ces questions que je planche.

J’ai passé presque la moitié de mon âge à travailler dans l’Education. Cependant « donner du sens », « travailler » ne sont pas les seules choses de la vie ; nous ne sommes tous, bien plus, qu’etre ou avoir c’est deux activités là.

Essayer de partir de soi, de tenir une parole juste, de s’essayer à livrer quelques pistes et analyses, de proposer du sens vrai sur le réel, ce n’est pas un exercice des plus simples.

Et pourtant paradoxalement dans un monde à la fois parfois « bling-bling », « de mépris de l’Autre », et de « Guéguerre Egotique » où bien trop souvent (les propos, les actions, les activités, parfois la nature de l’autre) les propos blessants (plus que la vraie pensée) foisonnent un peu partout, les personnes cherchant et développant l’authenticité, la sincérité et la justesse de propos ont de beaux jours.

C’est là une force nouvelle dans un monde en crise. En ces temps troublés, « les authentiques » ont des chances de ne pas passer à la trappe car ils sonnent justes et leur manière de parler est nouvelle, car vieille comme notre vraie nature.

Heureusement pour moi ils sont nombreux et surtout dans toutes les sphères, les ethnies, les catégories sociales, les lieux de pouvoirs, les genres (…) Cette humanité là, qui bien souvent veille « au grain » agit, pense et crée avec cœur. Tout comme elle sait attendre.

Certains sociologues les auraient même repérés, à ce qui se dit, au front de la recherche en sciences sociales. Depuis l’après guerre, il y avait même une montée en puissance d’une humanité avec de nouveaux « paradigmes ».

En Occident, 20% à 30% d’individus seraient en train de changer de « paradigme », c’est à dire de valeur centrale dans le rapport à eux-mêmes, aux autres, au travail et au monde. Ils sont tout à la fois capables de s’émouvoir et de penser, d’agir, de créer, mais aussi de se reposer en lien, être différemment en lien avec eux-mêmes.

Pour ainsi dire, ils ne sont plus les dupes de leur question transférentielle, de leurs projections, de leur part d’ombre et de leur lutte intérieure. Et sur, ce qu’il existe de reliquat sur cette question, ils travaillent régulièrement en eux-mêmes et sur eux-mêmes. Cependant cette différence, à la majorité de nos contemporains, n’est pas visible, ou du moins, « très » visible.

Voilà, je ferme cette parenthèse sur humanité nouvelle qui se construit pendant que l’autre se meurt à petit feu dans un égocentrisme étroit (de penser, de ressentir, d’agir et incapable d’envisager l’autre, de le penser positivement et de se laisser s’émouvoir par elle), prise dans des idées froides et un activisme sans émotion (dont l’amour sans amour et/ou le sexe sans désir sexuel).

Aujourd’hui au fond, c’est cette humanité, la plus nombreuse numériquement, qui est en souffrance, qui est « en crise » et qui n’arrive pas à changer de paradigme tellement elle a peur... à commencer d’elle-même. Alors que c’est elle qui est en urgence, se devrait à la remise en cause, à aller vers l’Eveil, s’autoriser à l’émerveillement... mais pour le moment, elle en est incapable.

Je l’entends même déjà, cette humanité là, m’adresser des critiques (elles ont toujours des aspects intellectuels alors qu’il s’agit de résistances à être heureux) me mettant en garde contre « une parole messianique » que j’aurais, ou même sur « l’illusion que ce que je décris, existât ».

Là où je ne fais que dire à tous : « Autorisez-vous à vivre, à penser, à vous émouvoir et à aimer », même si je comprends bien et respecte le droit d’Etre malheureux et même dans une certaine mesure le droit à tous de « se pourrir la vie ». Tant que les individus, avec de telles dispositions ne s’en prenne pas aux autres tout va bien. Finalement même, faire le choix du malheur demande, au fond, une éthique qui n’est d’ailleurs même plus respectée par cette humanité là.

En ce qui me concerne, je ne cherche pas à changer l’humanité, mais je sais qu’une partie de l’humanité ne pourra pas encore longtemps faire l’économie d’elle-même.

C’est pourquoi, je crois qu’une éducation au bonheur est possible et qu’évidemment, il vaut mieux commencer avec nos plus jeunes, car comme toute bonne chose, quand on y a goûté, on y revient.

Et peut se mettre en place alors « un cercle vertueux ».

Voilà une voie possible, voilà un espoir.

Éducation au Bonheur

Bien souvent au cours des colloques, on me pose des questions autour de l’éducation, de la transmission évidemment aussi sur l’éducateur ou l’éduqué (le plus souvent « les jeunes gens »).

Au fond, apparemment, ce que l’on questionne, c’est toujours l’Education, la relation, l’Eduqué (le jeune).

Lors du colloque organisé par l’association PHARE, on me demandait ce que je pensais « sur le mal des jeunes ».

Lors du colloque organisé par RésOvilles, on me demandait ce que je pensais de « là où on en était de la Transmission des valeurs  ? »

Au fond, finalement, toujours la même chose, où disons plutôt toujours la même recherche, le même questionnement « que je fasse un état de lieux de : l’éducateur, de la relation et l’Eduqué. »

Ce que je défends, ce à quoi je crois aujourd’hui, c’est une éducation au bonheur. « Oui, aussi incongru que cela apparaisse à 80% d’entre vous, l’éducation au bonheur, ça existe, cela a même une définition et des pratiques. »

Il ne s’agit pas là d’un objet socio-médiatique (d’ailleurs, qui titre dans les journaux de la question du bonheur de manière quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle ?) et encore moins d’une notion ou d’un concept « à la mode » dans les sciences sociales ou même plus exactement dans les sciences de l’Education.

Si sa définition ne paraît pas facile dans un premier temps, on peut au moins déduire l’éducation au bonheur, de ce qui ne devrait plus se faire aujourd’hui en éducation.

En effet, aujourd’hui notre système éducatif ne forme que des techniciens : techniciens de la pensée pour les chercheurs, techniciens des techniques pour nos techniciens, techniciens des procédures pour nos salariées et nos ouvriers.

Bref, notre système éducatif produit des conditionnements et d’ailleurs les vérifie plutôt qu’il ne valorise la pensée libre et l’avènement de l’Homme.

Pas étonnant dès lors que 90% de vos étudiants, lycéens, collégiens soient malheureux, pas étonnant dès lors que 90% des salariés soient malheureux et évident que 90% des gens ne soient pas heureux et plus encore, que l’on ait réussi à faire croire que le bonheur n’existait pas.

Paradoxe des démocraties anciennes prônant « le bonheur des peuples ».

Le bonheur n’existe tellement plus dans l’esprit des gens que la majorité pense que le terme de « bonheur » ce n’est que de la philosophie, ce n’est que de la psychologie.

Et d’ailleurs pour la majorité d’entre eux dire cela ne veut pas dire que le thème du « bonheur » soit un objet de recherche de la philosophie ou de la psychologie. Ils pensent clairement que cela n’est rien et que ces deux disciplines n’ont aucun sens et ne servent à rien.

Comment pourraient-ils penser que le bonheur exista et qu’il fut une réalité et un vrai objet de penser des sciences de l’Homme et des Humanités et non pas un simple objet mental, un mot de plus dans la tête, « Mot vide » qui ne désignerait rien de vrai ? Rien d’accessible ? Rien de pensable ?

C’est à partir de cette thématique centrale mais en lien avec les aléas des discussions et des thèmes issus de la table ronde, que je développerais mon intervention.

La table ronde & la thématique de l’Éducation au Bonheur

Ni mes collègues à la table ronde, ni lors de mon intervention nous n’avons « en apparence » parlé de manière centrale ni de l’éducation au bonheur ni du bonheur.

Et pourtant lorsque je prends la parole, au fond, en ce qui me concerne, c’est toujours dans la perspective de questionne le bonheur.

Une forme d’obsession qui n’en est au fond pas vraiment une, puisque je tiendrais ici, qu’une telle attitude est constitutive de l’Homme.

Ce qui est constitutif de l’Homme c’est tant la question d’ailleurs que la démarche de questionnement, mais aussi les deux réalités que ces deux notions désignent.

Et pourtant selon moi il n’a été question que de cette question : le bonheur.

Lorsque nous dressons des bilans cela n’est pas pour dire « attention mesdames monsieur rien ne va plus » mais plutôt pour dire, la question du bonheur va devoir être traiter comme, jamais elle ne l’a été auparavant. C’est ce que j’entends dans les questionnements, dans les réflexions, d’autre personne que moi comme par exemple, dans la pensée développée par Arlette Farge lors de la table ronde.

Lorsque je dresse des portraits sociétaux, je parle souvent de l’Ombre et je peux aller jusqu’à dire par exemple que les « jeunes n’ont appris ni à aimer ni à s’aimer ».

Mais comme l’avait fait très justement remarqué, Yvan Levai, dans sa revue de presse sur France Inter, il qualifia les propos développés dans le monde d’« antidote nécessaire à la presse d’aujourd’hui, où l’on peut lire dans LE MONDE cette analyse de Frédéric Frappani, selon lequel « les jeunes n’ont appris ni à s’aimer, ni à aimer. »  ».

Il est rassurant de se savoir justement lu et compris même si, pour l’amusement il m’orthographie encore mal, mais il a raison c’est par lucidité mais avec l’espoir que je pose ces constats, par antidote.

C’est pour cela aussi que je crois qu’une éducation au bonheur est possible, basée sur une étude de soi (psychologie analytique ou psychanalyse mais en tout cas une approche basée sur l’étude et la compréhension raisonnée de l’âme) et sur des questionnements constant sur sa vie, sur la vie.

Finalement une éducation au bonheur qui se situe à l’articulation de la philosophie et de la psychologie.

Paris, le 09 Décembre 2009,
Texte repris le 01 Février 2010,
Pour diffusion.

Frederic Fappani


Frederic Fappani : L’auteur

Frédéric Fappani est cadre éducatif pour la protection de l’enfance et chercheur en sciences de l’éducation.

Il travaille d’une manière globale sur la question de l’éducation au bonheur.

Il mène, en outre, ses questionnements dans le cadre de l’éducation spécialisée et de l’action sociale, où il questionne l’éducation des jeunes des quartiers populaires (identité, mal-être, suicide, éducation, délinquance juvénile, sexualité... ).

Il a par ailleurs développé l’idée que ces jeunes soient « Les exclus du Banquet. », avec B majuscule ; faisant ainsi allusion au texte du philosophe grec Platon.

Ces écrits sont référés à la psychologie analytique et aux sciences de l’éducation. Il a été le co-developpeur de la théorie de l’archétypal pedagogy.

Articles :
- « Les effets de la crise sur les jeunes des quartiers ? », Frederic Fappani, éd.Lien social., Numéro 955, 7 janvier 2010
- « On a peur des jeunes, on les stigmatise » : Frederic Fappani, éd.20 minutes du 27.05.09 .
- « L’accompagnement éducatif & Carl Gustav Jung. » : Frederic Fappani, éd.Psy désir du 27.04.2009.
- Artworks and us, « La question de l’expérience de la rencontre avec une oeuvre d’art » : Frederic Fappani, éd.ARTWORKS AND US – Les œuvres et nous, 15.04.2009
- « Les exclus du banquet » : Frederic Fappani, éd. Philippe Meirieu, Avril 2009 .
- « Les jeunes n’ont appris ni à s’aimer ni à aimer », Frederic Fappani, éd. Journal Le Monde du 27.03.2009.

Livres (selection) :
- Frederic Fappani, La cabane aux paysages, « voyage en archetypal pedagogy », Paris, 2009.
- Frederic Fappani, La musicothérapie : De la vibration du cosmos au souffle venu d’ailleurs, éd. Cursus, 2007
- Frederic Fappani, Les dossiers de l’éducation, Violence à l’école, Les objets socio médiatiques ", éd. Cursus, 2002