Accueil du site > 4. Textes concernant le lien social > Clin d’oeil : MALADIES PSYCHIQUES, PAUVRETE ET EXISTENCE

Clin d’oeil : MALADIES PSYCHIQUES, PAUVRETE ET EXISTENCE

MARDI 19 JANVIER 2010 9 h à 17 h à BLOIS

jeudi 17 décembre 2009, par FASM Croix-Marine

Article lu à 764 reprises

PDF - 182.9 ko
Programme

Les maladies psychiques les plus graves rendent difficile voire impossible le travail suffisamment rémunéré qui permet d’avoir un niveau de vie offrant la possibilité de faire des choix matériels, de s’investir en sécurité, de pouvoir se mettre en mouvement dans son existence et d’habiter la cité en y trouvant du sens.

Les personnes malades se confrontent donc le plus souvent à une situation de pauvreté objective qui impose une précarité et l’obligation de limiter ses initiatives personnelles. L’entrain s’en trouve amenuisé, et l’expérience réellement vécue entame l’estime de soi. La sécurité de base qui conforte « les axiomes de la quotidienneté », peut s’en trouver compromise. Si l’espoir d’une amélioration semble hors d’atteinte, le glissement de l’isolement vers la sédimentation est fréquent.

Toute personne pauvre est aujourd’hui mise en difficulté pour accéder au large éventail des possibilités de choix que la société de production-consommation exhibe. Dans ses options néo-libérales prédominantes, la marchandisation produit des lois d’échange où l’argent, comme « équivalent général » domine les commerces humains.

Chaque personne peut même être considérée comme une entreprise individuelle, produit et producteur de richesse, en concurrence avec les autres dans la logique aliénatoire banale. Une formule célèbre voulait garantir que « l’homme n’est pas une marchandise comme les autres », soulignant ipso facto la valeur marchande de l’homme.

Chacun ne doit pas coûter à la collectivité plus qu’il ne lui rapporte : ce devoir fonde la responsabilité de chacun dans le contrat implicite ou explicite qui le lie à l’État et à l’ensemble des citoyens.

Contrairement aux thématiques morales et éthiques de la première moitié du XXe siècle dans laquelle certaines vies « ne valaient pas la peine d’être vécues » aboutissant à l’hécatombe française des fous et à leur extermination en Allemagne nazie, se développe aujourd’hui dans notre « société post- hitlérienne », selon l’expression de Pierre Legendre, la thématique de l’accompagnement : nécessité éthique de protéger les personnes et de reconnaître le handicap qui rend difficile leur « projet de vie » du fait de leur maladie. L’État aménage donc une rémunération garantie dans sa régularité : pension d’invalidité pour qui a pu exercer un travail salarié avant que la maladie ne le rende impossible, Allocation Adulte Handicapé pour ceux qui ne furent pas salariés, allocation compensatrice, etc. Ces dispositifs ambivalents permettent de vivre et de continuer à se soigner activement pendant le temps nécessaire jusqu’à une reprise de travail ou l’âge de la retraite. Mais leur montant est souvent inférieur au seuil de pauvreté de 908 euros et, en cas d’hospitalisation, le forfait hospitalier de euros quotidiens est dû impérativement au risque de compromettre l’insertion. Toute personne malade psychiquement se trouve donc, confrontée à ce contexte économico-financier et aux effets de sa maladie qui réduit les possibilités dialectiques de construire l’existence dans la parole, le langage et un équilibre affectif suffisant. Comment en situation de pauvreté redonner une mobilité psychique soutenant l’existence ?

Le vécu personnel est confronté à la dureté et aux exigences de la société et de l’État. Est-il donc suffisant d’avoir comme unique objectif la compensation d’une difficulté d’adaptation ? Est-il suffisant de bénéficier d’une protection juridique qui a souvent plus d’efficace pour les créanciers que pour la personne protégée ? En effet, disait François Tosquelles, « l’homme n’est pas confronté au dilemme de l’animal qui doit s’adapter à son milieu ou périr, il convertit, avec les autres hommes, le milieu naturel en monde, et c’est ce processus d’humanisation active qui constitue notre devenir homme. » Ainsi, l’homme n’est pas seulement dans une logique d’être vivant mais dans une logique de partage et de construction commune d’un champ d’existence. Chacun s’inscrit et trouve du sens aux commerces humains s’ils sont ressaisis dans une « économie générale » au sens de Georges Bataille. Le désir de chacun peut être soutenu dans son cheminement par la rencontre du désir de chaque autre. Comment construire avec les autres quand la maladie et la pauvreté isolent et réduisent les possibilités de contacts ?

Cette journée explorera comment ces questions économiques, dans les champs sanitaire, médico-social et social viennent concrètement questionner notre éthique, c’est-à-dire notre séjour les uns auprès des autres. Quel monde peuvent construire nos fréquentations humaines confrontées aux difficultés de la gestion personnelle, de l’endettement, des créances, des secours, de la solidarité, familiale ou caritative, ou de la protection des majeurs récemment réformée par le législateur en 2007 ?

Dr Michel Lecarpentier