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Le colloque du GEMPPI - compte-rendu
(extrait de la Newsletter n° 52 de l’Observatoire Zététique )
dimanche 18 octobre 2009
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Le samedi 3 octobre 2009, le GEMPPI (Groupe d’étude des mouvements de pensée en vue de la prévention de l’individu) organisait son colloque national annuel à l’Hôpital de la Timone (Marseille). Le thème choisi pour cette édition était « Médecines parallèles et risques sectaires ». Les intervenants annoncés, notamment Georges Fenech, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) et Marcel Rufo, le célèbre pédopsychiatre, chef de service de l’unité d’adolescents « Espace Arthur » à Marseille, expliquent certainement le remplissage impressionnant du grand amphithéâtre de l’Hôpital et la couverture médiatique de l’événement. De ce point de vue, la journée fut un succès ; concernant les contenus et les échanges, les avis sont beaucoup plus mitigés.
Membres du Cercle zététique Languedoc-Rousillon, de l’Association Marseille Zététique, de l’OZ ou autres, nous étions une bonne vingtaine de sceptiques sur les bancs de l’amphi. Le plaisir de se retrouver, malgré la fatigue de la route, a dissipé un peu la déception d’apprendre que Georges Fenech serait remplacé par sa collègue Françoise Chalmeau, conseillère du secteur Santé de la Miviludes.
Pour introduire cette journée, Madame Chalmeau a fait un succinct état des lieux du recours aux médecines dites alternatives en France, soulignant l’« explosion de l’offre » et les difficultés de s’y retrouver pour les patients. Elle a également évoqué les dangers que peuvent cacher des thérapies qui ne seraient que des « façades ». Dans ses propos assez généralistes et parfois complaisants notamment sur la psychanalyse, mais en adéquation avec le thème de la journée comme l’a souligné Brigitte Axelrad, certains d’entre nous ont trouvé intéressante sa classification des thérapies suivant leurs promesses : soins et guérisons (par exemple la nouvelle médecine germanique) ; prévention et hygiène (instinctothérapie, kinésiologie, etc.) ; spiritualité (reiki, etc.).
Personnellement, j’ai apprécié de l’entendre dire que la protection contre les dérives sectaires passe d’abord par la prévention. Elle a, à ce sujet, insisté sur la nécessité de donner aux patients des informations leur permettant de faire leurs choix en connaissance de cause. Cette position rejoint le travail d’analyse critique des médecines dites alternatives que nous faisons à l’OZ. Denis Caroti et Roger Gonnet ont, de leurs côtés, relevé l’annonce de la création par la Direction générale de la Santé d’un groupe d’appui technique ayant pour mission de recenser les pratiques thérapeutiques non conventionnelles (environ 300 pour l’instant). Denis a cependant regretté le flou laissé autour de la validation des thérapies et de la reconnaissance des thérapeutes. Cette question est pourtant au cœur des préoccupations des patients.
Le deuxième intervenant était le philosophe Pierre Le Coz, vice-président du Comité National d’Ethique. Son exposé nous a semblé unanimement décalé par rapport aux problématiques concrètes que le colloque aurait dû traiter. L’aspect sociologique du phénomène sectaire n’a été abordé que par l’ancienne (et dépassée) typologie églises-sectes d’Ernst Troeltsch proposée au début du XXe siècle.
Marcel Rufo était le dernier intervenant de la matinée, celui pour lequel, visiblement, les journalistes s’étaient déplacés. Son exposé très attendu a été extrêmement décevant tant sur la forme que sur le fond. Dans un monologue improvisé, il nous a simplement raconté une série d’anecdotes personnelles et de souvenirs de vacances, la plupart du temps sans lien avec le sujet du colloque. La progression de son raisonnement était très difficile à suivre mais quelques-unes de ses déclarations nous ont tous désagréablement surpris. Le Professeur Rufo s’est par exemple prononcé en faveur d’un diplôme universitaire de médecines alternatives, sans préciser auxquelles de ces médecines il faisait référence (toutes ?) ni sur quels critères il les retenait. Il a également à plusieurs reprises insisté sur la vulnérabilité des personnes qui tombent dans les dérives sectaires. Comme a essayé de le lui rappeler Franck Villard, c’est une erreur dangereuse que de croire que seules les personnes vulnérables ou fragiles sont les victimes de sectes ou de dérives sectaires. Bien souvent, au contraire, c’est l’entrée dans le mouvement qui fragilise l’individu. En réalité, nous sommes tous manipulables et donc tous de potentielles victimes (comme le rappelait le professeur de psychologie Jean-Léon Beauvois dans son intervention en mars 2007). Bref, si Marcel Rufo a des compétences médicales indéniables pour soigner les anorexiques, en ce qui concerne la lutte contre les dérives sectaires dans les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique, sa réflexion ne semble pas très avancée. Finalement, comme Brigitte, je me pose la question : « avait-il sa place dans ce colloque ? », surtout avec l’aura médiatique dont il jouit.
Dans l’après-midi, après l’exposé rafraîchissant de Richard sur les mésusages du mot « quantique » dans les thérapies dites alternatives (voir notre article plus haut), Didier Pachoud, président du GEMPPI, a fait le bilan de la première année d’utilisation de la charte des praticiens et acteurs du corps et de l’esprit. Mise en place l’année dernière, cette charte de déontologie devait s’accompagner d’un enregistrement auprès du GEMPPI en vue de la constitution d’un registre des praticiens et acteurs du corps et de l’esprit.
Au bout d’un an, sur les 500 praticiens contactés, toutes thérapies confondues, le GEMPPI n’a enregistré que vingt signataires pratiquant l’acupuncture, l’art-thérapie, l’EMDR, la sophrologie, la PNL, le Yoga... Les craintes d’entrisme exprimées à la création de la charte ne se sont donc pas vérifiées. Quelques détournements de la charte ont tout de même été constatés. La conclusion de Didier Pachoud est donc que :« Ceux qui ne sont pas clairs ne veulent pas être transparents ». Nuançant son propos, il a ensuite admis que les raisons de non signature de la charte pouvaient être nombreuses.
Aujourd’hui, le GEMPPI s’est lancé dans la création d’un centre de soins laïc devant servir d’exemple de ce qui est faisable sans excès. L’association Santé et Harmonie dirigée par Élisabeth Munro a ainsi pris en charge l’animation l’ECBD13, Espace culture bien-être et développement. Cette association propose « aux particuliers et aux familles, en collectif ou en individuel, des pratiques de mieux-être relativisées et laïcisées le cas échéant. Sa démarche s’inscrit dans les domaines de l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte et du vieillissement, pour redynamiser des processus de développement interrompus par la crise ou la pathologie ; intervenir aussi en soutien dans les grands moments de l’existence, de la naissance aux souffrances de la fin de la vie et tout au long du processus d’évolution de l’individu, du couple ou de la famille. »
Le GEMPPI qui fait partie du conseil d’administration de l’association, fera dans un an le bilan de cette initiative. Les interventions de la journée ont toutes été filmées. Elles devraient être disponibles prochainement sur le site du GEMPPI.
Géraldine Fabre
Merci à Brigitte Axelrad, Denis Caroti et Roger Gonnet pour leur aide.
Nb : ...et merci à l’observatoire Zététique de nous permettre de reprendre ce compte-rendu sur Textes PSY.
Voir en ligne : http://www.zetetique.fr/index.php/nl#actualite

