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Définition et conception de la suggestion et de l’hypnotisme

Extrait de "L’HYPNOTISME ET LA SUGGESTION DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA MÉDECINE LÉGALE" - XII CONGRES INTERNATIONAL DE MÉDECINE - MOSCOU (Août 1887) - Section des Maladies nerveuses et mentales

lundi 9 juin 2008, par Bernheim Hippolyte

Définition et conception de la suggestion et de l’hypnotisme

Avant d’entrer au coeur de la question, il importe
de définir les termes suggestion et hypnotisme, car
c’est peut-être faute de s’entendre sur les mots qu’on
ne s’entend pas sur la question. Je n’entends dans ce
court rapport ni faire l’historique, ni examiner et
discuter les nombreuses opinions formulées ; je préfère,
puisque liberté m’en est laissée, donner mon impression
personnelle, telle que les faits observés et médités
et les expériences faites me l’ont suggérée.

J’ai défini la suggestion : toute idée acceptée par le
cerveau
. Que cette idée vienne par l’oreille, exprimée
par une autre personne, par les yeux, formulée par
écrit ou consécutive à une impression visuelle, qu’elle
naisse en apparence spontanément, réveillée par une
impression interne, ou développée par les circonstances
du monde extérieur, quelle que soit l’origine
de cette idée, elle constitue une suggestion.

Nous avons établi que toute suggestion tend à se
réaliser, que toute idée tend à se faire acte. Traduit
en langage physiologique, cela veut dire que toute
cellule cérébrale actionnée par une idée actionne les
fibres nerveuses qui doivent réaliser cette idée.
Exemple : Je dis à quelqu’un « Levez-vous », ce
quelqu’un se lève et tend à se lever. L’audition d’une
valse suggestive fait vibrer notre corps à l’unisson de
cette valse : et alors même que nous ne valsons pas,
et que nous nous retenons pour ne pas valser, si on
inscrivait par un appareil enregistreur les mouvements
de notre corps, on obtiendrait un tracé ébauchant
les mouvements chorégraphiques inconscients
de notre machine. L’idée est devenue mouvement.

Si je dis à quelqu’un « Vous avez une guêpe sur
le front », ce quelqu’un qui n’aura aucune raison pour
ne pas me croire sentira plus ou moins distinctement
la prétendue guêpe, et y portera la main, extériorisant
sur le front la démangeaison créée par le sensorium
actionné par l’idée de la guêpe. L’idée est devenue
sensation
.

Si je dis « Voici un. chien », l’idée du chien est
acceptée et son image plus ou moins ébauchée se présentera
aux yeux. L’idée devient ou tend à devenir
image
.

Si je dis « Vous allez dormir », chez quelques-uns
l’idée du sommeil est là, les paupières deviennent
lourdes, les yeux se ferment, le cerveau s’obnubile,
les phénomènes du sommeil tendent à se produire.
L’idée tend à devenir acte organique, sommeil.

Si je dis « Vous avez envie de rire », une sensation
de gaieté hilarante pourra être évoquée dans le
sensorium. L’idée est devenue émotion.

Les idées qui font naître des émotions diverses, joie, colère, frayeur, tristesse, etc., réalisent en
dehors de la volonté du sujet des mouvements, des
contractions, des attitudes complexes : le corps se met
à l’unisson de l’idée conçue. Le facies de chacun
prend souvent l’expression corrélative aux pensées
qui l’agitent habituellement. Le prêtre, le médecin,
l’acteur, l’artiste, le soldat portent leur profession
inscrite sur leur figure et dans leur attitude. De même
les passions habituelles de l’âme se reflètent sur le
miroir du visage. La physionomie de chacun a son
expression joviale, sérieuse, austère, concentrée.
L’esprit a comme moulé la matière à son image :
l’idée s’est matérialisée.

Donc, je le répète, toute idée est une suggestion. La
suggestion est dans tout : c’est le déterminisme. Suggérer
quelque chose à quelqu’un, c’est introduire
une idée dans son cerveau. Mais une suggestion faite
n’est pas une suggestion réalisée
.

Pour qu’elle se réalise, il faut d’abord que l’idée
soit acceptée, il faut ensuite que cette idée acceptée
puisse être réalisée. Toutes ne le sont pas : Si je dis
« Levez votre bras », j’évoque une image motrice
que le sujet pourra facilement traduire en acte. Si je
lui suggère au contraire l’idée que son bras est paralysé,
ou bien il n’acceptera pas l’idée suggérée ou
bien, impressionné par ce que je dis, il croira un moment ;
la suggestion a lieu, mais le cerveau ne pourra
pas exécuter l’image de la paralysie suggérée la
suggestion n’est pas réalisée. De même si je dis
« Voici un chien », le sujet croit un instant ; le cerveau
ébauche l’image suggérée, mais trop imparfaitement
pour qu’elle fasse impression. La suggestion n’a pas
réussi.

La suggestibilité est une propriété physiologique du cerveau humain.Mais à l’état ordinaire, cette suggestibilité, cette tendance du cerveau à accepter l’idée et
à la transformer en acte, est limitée par les facultés
supérieures du cerveau, facultés de raison, l’attention,
le jugement qui constituent le contrôle cérébral. Ce
contrôle intervient pour empêcher ou neutraliser la
suggestion. L’idée que je cherche à suggérer ne s’impose
pas ou bien, si elle est acceptée, l’acte qu’elle
doit réaliser, mouvement (acte de se lever), sensation
(démangeaison), image (vue d’un chien), peut être
ébauché, mais n’aboutit pas. La raison fait
contre-poids à l’imagination et à l’automatisme cérébral.
Tout ce qui diminue l’activité des facultés de
raison, tout ce qui supprime ou atténue le contrôle
cérébral, renforce la suggestibilité, c’est-à-dire
augmente l’aptitude du cerveau à accepter et à réaliser
l’idée.

Tel est le sommeil naturel. Alors le contrôle me
veille plus, l’imagination règne en maîtresse. Les
rêves sont la traduction en images extériorisées des
impressions et idées désordonnées, incohérentes qui
se réveillent au hasard de la vie végétative et imaginative. La raison n’est plus là pour les contrôler.

IL est facile de démontrer combien, dans ce sommeil,
le cerveau incapable d’initiative est docile à la
suggestion. Je trouve un sujet naturellement endormi.
Si je l’aborde avec précaution, j’arrive quelquefois
d’emblée ou après entraînement à me faire entendre
par lui sans qu’il se réveille : il me répond. Je lève
son bras et le maintiens pendant quelques secondes.
Il se peut qu’il continue à y rester : c’est la catalepsie,
c’est-à-dire l’attitude passive du bras figée par l’absence
d’initiative du sujet qui garde la position
imprimée , comme il garde l’idée suggérée. Si je dis à quelques-uns de ces sujets « Votre peau est insensible », je puis provoquer par
cette affirmation de l’aaesthésie et de l’analgésie. Si je
lui dis « Voici un chien qui aboie », l’hallucination
visuelle et auditive peut se réaliser ; c’est un rêve
suggéré.

Si je dis au dormeur naturel « Levez-vous, marchez,
travaillez », je puis, avec plus ou moins d’entraînement,
arriver à le faire marcher et travailler,
c’est-à-dire en faire un somnambule actif.

Tout cela, je le répète, je puis le faire, chez certains
sujets dans leur sommeil naturel, à la faveur de la
suggestibilité naturelle, physiologiquement exagérée :
ce sont des phénomènes normaux, je le répète, tels
qu’ils peuvent être réalisés et démontrés dans le sommeil,
variables d’ailleurs suivant les sujets. Dans le
sommeil, le cerveau est dans un état de suggestibilité
exaltée
qui permet au dynamisme automatique d’avoir
toute la plénitude de son jeu.

D’autres influences à l’état de veille peuvent produire
cette exaltation. La concentration du cerveau
sur une impression ou une idée qui le fascine pour
ainsi dire en l’absorbant tout entier, en le soustrayant
à toute autre impression, augmente sa suggestibilité,
c’est-à-dire transforme avec plus de perfection cette
idée ou cette impression en acte, mouvement, sensation,
image, émotion. Le rêve hallucinatoire de
l’état de veille par l’attention contemplative, l’extase
religieuse qui fait des visions, de l’anesthésie, des
stigmates, l’imagination captivée par la parole ou la
lecture, le fanatisme religieux, politique, socialiste,
etc., allumé par des prédications passionnantes ou
persuasives, les impulsions provoquées par les passions
bonnes ou mauvaises, ce sont là, en réalité, des états de conscience particuliers, qui exaltent certaines
suggestibilités.

Mais, et j’appelle l’attention sur ce fait, il est des
sujets, et plus nombreux qu’on ne s’imagine, chez qui,
dans leur état normal, sans sommeil préalable, sans
émotion extraordinaire, la suggestibilité est assez
grande pour que tous les phénomènes indiqués : anesthésie,
catalepsie, contracture, actes, hallucinations,
illusions, etc., puissent être réalisés chez eux par
simple affirmation à l’état de veille. Chez eux l’idée
reçue actionne suffisamment les centres automatiques
pour se transformer en acte ; il y a chez eux une réflectivité
idéo-motrice, idéo-sensitive, idéo-sensorielle,
idéo-dynamique si grande que l’influence modératrice
du contrôle n’a pas le temps ou pas la force de faire
inhibition.

Voici par exemple un de ces sujets. D’emblée, sans
aucun artifice de préparation, sans qu’il n’ait jamais
assisté à aucune expérience de ce genre, je lui lève
son bras et je dis avec assurance « Tiens, votre bras
est en l’air et vous ne pouvez pas le baisser. »

Et le bras reste en catalepsie ; le sujet, malgré tous
ses efforts, ne peut quelquefois le baisser. J’ajoute
« Votre bras est insensible, comme mort. Et je le
pique avec une épingle : le sujet ne manifeste rien.
Je lui dis « Tenez, voici une pomme. » Et il mange
la pomme fictive. Toutes ces suggestions sont réalisées
à l’état de veille parfaite, en toute conscience.
Je dis « Dans cinq minutes, vous irez chez le voisin
couché au lit n° 5 et vous lui volerez quelque chose. »
Le sujet reste impassible. Je lui parle, cherchant à
lui faire oublier cette suggestion ; je lui dis même
qu’il est honnête et ne commettrait jamais un acte
blâmable, réprouvé par la morale. Mais au bout de quelque temps, il ne m’écoute plus que d’un air distrait
ses yeux tendent à se diriger vers le lit numéro
5. Son facies devient comme rigide et fasciné
par l’idée et le point de mire suggéré ; chez quelques
uns on voit comme une lutte intérieure dessinée dans
l’attitude et la physionomie ; le plus souvent, après
un peu d’hésitation ou mu comme par une impulsion
irrésistible, il va accomplir son larcin.

Ceci, je le répète, chez nombre de sujets très suggestibles
je le fais d’emblée, sans manoeuvre préalable ;
l’affirmation seule, plus ou moins énergique,
plus ou moins insinuante et prolongée, adaptée à
l’individualité du sujet, suffit à inculquer l’idée, à inciter
le cerveau à l’accomplir. J’ajoute que ce n’est pas
ma personnalité connue d’eux, ma réputation d’hypnotiseur
qui les fascine ; j’agis sur des sujets qui ne
me connaissent pas ; et une autre personne, non
connue, fera exactement ce que je fais. Je ne crée rien ;
je démontre la suggestibilité excessive telle qu’elle existe chez beaucoup de personnes.

Entre cette suggestibilité excessive de quelques-uns
et la suggestibilité modérée de beaucoup, tous les intermédiaires
existent. Il y a aussi des suggestibilités
spéciales ; certains sont suggestibles quant à la sensibilité,
quant à la motilité ; ils ne sont pas hallucinables.
D’autres sont hallucinables ; d’autres sont suggestibles
pour certains actes, pour certaines émotions ;
les moins suggestibles d’une façon générale peuvent
avoir leur corde sensible qui vibre involontairement
sous certaines influences suggestives.

L’autre suggestion n’est pas une suggestion qu’on
se donne volontairement à soi-même, c’est une suggestion
née spontanément chez une personne, en dehors
de toute influence étrangère appréciable. La spontanéité n’est d’ailleurs qu’apparente. En réalité, toute
idée émergeant dans le sensorium est toujours liée à une
impression sensorielle ou interne qui donne naissance
à une idée ou à une association d’idées en rapport avec
des souvenirs accumulés par suggestions antérieures.
Quand, par exemple, une sensation douloureuse à la
région thoracique, perçue par le cerveau, fait naître
l’idée d’une affection du coeur, crée de l’angoisse, des
palpitations, de la respiration haletante, des cauchemars
nocturnes, quand elle devient le point de départ
de conceptions hypocondriaques qui finalement le
poussent au suicide, c’est une auto-suggestion, c’est
à-dire une idée consécutive à une impression perçue,
idée qui, élaborée par un cerveau spécial, développe
une association d’idées, lesquelles idées se transforment
en sensations qui engendrent à leur tour de
nouvelles idées : des émotions, des actes surgissent
c’est un dynamisme cérébral complexe que l’impression
initiale a créé.

On peut dire d’ailleurs que l’idée communiquée par
une autre personne, l’hétéro-suggestion,s’accompagne
toujours d’auto-suggestion
 ; car la même idée introduite
dans divers cerveaux créera un dynamisme cérébral
différent et se réalisera différemment suivant
l’individualisme psychique de chacun ; la suggestion
n’est pas un fait passif, ce n’est pas une empreinte
simplement déposée dans le cerveau. Le centre psychique,
fécondé par une suggestion, la transforme avec
ses qualités natives, ses modalités héréditaires, ses habitudes
et aptitudes acquises par l’éducation, l’imitation,
les suggestions antérieures.

Telle est, succinctement exposée, la doctrine de la
suggestion telle que nous la concevons.

Qu’est-ce donc que l’hypnotisme ? Il m’arrive souvent
de dire : Il n’y a pas d’hypnotisme. On croit
que je veux être paradoxal, que je lance une boutade
humoristique. Et cependant, c’est le fond de mon
opinion. Il n’y a pas d’hypnotisme.

On désigne, sous ce mot, un sommeil provoqué
par suggestion, fixation d’un point brillant, fascination,
sommeil spécial dans lequel le sujet, très suggestible,
est susceptible de réaliser divers phénomènes
dits hypnotiques : catalepsie, contracture, analgésie,
actes divers, illusions, hallucinations, émotions,
etc.

Pour beaucoup de médecins, ce sommeil hypnotique
constitue un état anormal, antiphysiologique,
si ce n’est pathologique et les phénomènes qui le
constituent sont analogues à ceux de l’hystérie ;
l’hypnotisme serait une névrose provoquée.

Cette conception est erronée. Et d’abord tous les
phénomènes dits hypnotiques sont susceptibles, je le
dis encore, d’être réalisés chez beaucoup de sujets par
simple affirmation, à l’état de veille parfaite, en toute
conscience ; le sommeil provoqué préalable n’est pas
du tout nécessaire pour leur production ; les phénomènes
dits hypnotiques existent donc sans sommeil,
c’est-à-dire sans hypnose, si on entend par ce mot
sommeil provoqué. J’ajoute : tous les individus très
hypnotisables, c’est-à-dire susceptibles d’être mis par
suggestion ou braidisme dans une apparence de sommeil
profond, tous, sans exception, sont justiciables
de la suggestion à l’état de veille, par affirmation.
Tous, sans sommeil provoqué, sans braidisme, par
la simple idée introduite dans leur cerveau par la parole,
pourront devenir analgésiques, contracturés ; je
leur crée des hallucinations, des illusions, je leur fais faire des actes divers ; le sommeil que je
puis leur suggérer par-dessus le marché n’est lui-même
qu’un acte suggéré, comme les autres, qui peut
être dissocié d’avec les autres, leur être ajouté, qui
peut d’ailleurs ne pas aboutir, alors que d’autres
phénomènes suggérés aboutissent.

Parmi les sujets qu’on s’efforce d’amener au sommeil
par suggestion ou braidisme, un seul, sur cinq
ou six, paraît y arriver. Beaucoup disent ne pas dormir,
ne pas avoir dormi, et cependant ils ont manifesté,
à la voix de l’opérateur, catalepsie, contracture,
analgésie, parfois même hallucinations.

Et parmi ceux qui disent ou croient dormir, beaucoup
n’ont sans doute que l’illusion du sommeil,
comme ils ont l’illusion d’une sensation gustative, visuelle
ou tactile imposée qui n’existe pas. A un sujet
suggestible auquel j’ai suggéré le sommeil, qui a les
yeux fermés, je demande : « Dormez-vous ? ; il dit
non. J’affirme alors : « Maintenant vous dormez » ;
il répond effectivement : « Je dors » et croit ensuite
avoir dormi. J’ajoute qu’il en est certainement qui
réalisent l’acte physiologique du sommeil ; qui dorment,
ronflent, rêvent, ressemblant absolument aux dormeurs
naturels. Mais beaucoup peuvent n’avoir du
sommeil qu’une apparence plus ou moins grossière et
l’illusion. Cela est si vrai, que, à un sujet suggestible,
je puis donner le souvenir fictif d’un sommeil qui n’a
jamais existé ; je puis lui faire croire qu’il a dormi
pendant deux heures et il en est convaincu.

Voici un fait, par exemple, qui montre bien que
l’illusion du sommeil n’est pas toujours le vrai sommeil.
Une jeune fille de dix-sept ans me consulte pour
un tremblement dans le membre supérieur droit,
tremblement semblable à celui de la paralysie agitante, et dû en effet à cette maladie, car il a continué
malgré toutes les médications. Pendant le sommeil
naturel, ce tremblement cessait complètement. Or,
par suggestion cette jeune fille arrivait en apparence
de sommeil profond, avec suggestibitité, hallucinabilité,
amnésie au réveil. Mais le tremblement persistait,
en dépit de toutes les suggestions, et bien que la malade
s’imaginât qu’il avait disparu pendant ce sommeil.
Il me semble rationnel de conclure que cet état
de conscience provoqué par suggestion, avec illusion
du sommeil et amnésie au réveil, n’était pas le vrai
sommeil.

Cela posé, faut-il définir l’hypnotisme : sommeil
provoqué ? Mais les phénomènes dits hypnotiques
peuvent exister sans sommeil, et lorsque celui-ci
parait exister, il n’est souvent que l’illusion du sommeil.

Ce qu’on hypnotisme n’est autre chose que la
mise en activité d’une propriété normale du cerveau,
la suggestibilité
. Il n’y a pas d’hypnotisme ; il n’y a
pas d’état spécial méritant ce nom ; il n’y a que des
sujets suggestibles plus ou moins, auxquels peuvent
être suggérés des idées, des actes, des hallucinations.
Certains états d’âme susceptibles de se produire
spontanément ou d’être provoqués peuvent exalter
cette suggestibilité.

Les premiers médecins qui découvrirent cette propriété
du cerveau humain la constatèrent seulement
après certaines manipulations exercées sur le corps
et crurent que ces manipulations ou passes créaient
un état nouveau de l’organisme qu’ils appelèrent
magnétique. La suggestibilité, l’hallucinabilité étaient
créées de toutes pièces par le magnétisme.

Plus tard Braid observa que la fixation d’un point brillant, agissant sur l’oeil et le cerveau, produit un
sommeil particulier, et que dans ce sommeil on provoque
les mêmes phénomènes que ceux réalisés par
les anciens magnétiseurs. La suggestibilité, l’hallucinabilité
étaient créées de toutes pièces par le braidisme ou hypnotisme remplaçant l’ancien magnétisme.

Plus tard encore, M. Liébeault constata que la fixation
d’un point brillant ou braidisme n’était pas nécessaire
pour provoquer le sommeil ; que l’idée seule
du sommeil donnée au sujet suffit, et que la fixation
d’un point brillant n’agit que par suggestion, que le
sommeil provoqué n’est lui-même qu’un phénomène
de suggestion.

Plus tard encore, j’ai établi définitivement que le
sommeil provoqué n’est pas nécessaire, que les sujets
très suggestibles le sont à l’état de veille ; que ce qu’on
avait attribué au magnétisme, à l’hypnotisme, au
sommeil suggéré, n’est autre chose qu’une propriété
normale, plus ou moins développée suivant les sujets,
du cerveau humain, la suggestibilité.

Je suppose que la découverte, au lieu d’être faite à
la suite des pratiques grossières du magnétisme ou
même de l’hypnotisme, ait été faite directement, on
aurait établi que tel sujet, actionné par l’affirmation,
peut réaliser de la catalepsie, de la contracture, de
l’analgésie, des actes divers, de la docilité automatique,
de l’obéissance passive, des hallucinations, des actes
organiques, du sommeil ; on aurait constaté et étudié
directement la suggestibilité de chacun, telle qu’elle
existe, ou telle qu’elle peut être accrue par diverses
influences ; la suggestibilité eut été découverte et la doctrine existerait, sans être associée aux mots hypnotisme
et magnétisme. Ces mots n’auraient aucune raison d’être ; on ajouterait tout simplement que certains sujets, peu suggestibles à l’état de veille, le
deviennent davantage quand on peut leur suggérer
préalablement l’idée du sommeil ; mais que chez les
sujets très suggestibles, cette suggestion préalable
n’est nullement nécessaire. L’idée de suggestibilité
ne serait pas associée à celle d’hystérie, et la doctrine
de la suggestion ne serait pas obscurcie par l’idée
mystérieuse et antiphysiologique qui s’attache aux
mots magnétisme et hypnotisme.